C1 (Avancé)Leçon 7 : Grammaire littéraire et formelle
Le plus-que-parfait en un seul mot — falara, comera, fizera, fora — se construit sur la 3e personne du pluriel du prétérit et vaut exactement tinha falado. Point de reconnaissance : la forme est morte dans le parler brésilien et vivante dans les livres, la presse et le droit — le statut exact de votre passé simple. Mais falara n’est pas un passé simple : c’est un plus-que-parfait, il avait parlé.
3e personne du pluriel du prétérit − -ram + -ra / -ras / -ra / -´ramos / -ram · falaram → falara ≡ tinha falado (reconnaissance seulement)
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Formation : 3e personne du pluriel du prétérit moins -ram, plus -ra, -ras, -ra, -´ramos, -ram — falaram → falara.
Sens : le plus-que-parfait composé que vous employez déjà — falara ≡ tinha falado (il avait parlé). Le ton est celui du passé simple, la valeur celle du plus-que-parfait : falara n’est pas il parla.
Reconnaissance seulement. La forme est morte dans le parler brésilien ; l’employer en conversation sonne théâtral.
La forme de nós porte toujours un accent écrit : faláramos, comêramos, fôramos — un accent de place, pas de timbre.
Piège : la 3e personne du pluriel est identique au prétérit simple — falaram, c’est « ils parlèrent » et « ils avaient parlé ».
Piège : fora est le plus-que-parfait de ser et de ir, et aussi le mot courant pour « dehors ».
Il ne survit à l’oral que dans des expressions figées : quem me dera, tomara (que), pudera !
Ouvrez n’importe quel roman brésilien, éditorial ou jugement : ce temps vous y attend, presque toujours au moment où le texte recule d’un cran pour raconter ce qui s’était déjà passé. Si vous ne le reconnaissez pas, vous perdez la chronologie du paragraphe : le retour en arrière se lit comme la ligne principale du récit, ou fora passe pour « dehors » et la phrase se défait. Un réflexe bien français aggrave l’affaire : -ra annonce chez vous un futur, et c’est exactement ce que dit le portugais falará, avec l’accent. Comme la conversion en tinha falado est mécanique, une demi-heure sur ces formes vous achète des registres où vous trébucheriez sinon pendant des années.
Commencez par le parallèle, parce qu’il est juste et qu’il vous offre la moitié du point. Vous connaissez déjà un temps qui vit dans les livres et qui est mort dans la bouche : le passé simple. Personne ne commande un café en disant il alla, et pourtant vous en lisez à chaque page de roman. Le plus-que-parfait simple portugais occupe exactement cette place au Brésil : dites eu já falara com ele à voix haute à São Paulo et on vous sourira, parce que cela tombe comme un comédien déclamant une pièce du XIXe siècle. Écrit, en revanche, vous le croiserez sans arrêt.
Vient maintenant la précision qui fait tout le point, et elle tient en deux temps. Le parallèle porte sur le registre, pas sur le temps. Votre passé simple est un prétérit : il parla raconte l’action elle-même. Falara, lui, est un plus-que-parfait : il raconte ce qui était déjà arrivé avant. La traduction n’est donc pas il parla, c’est il avait parlé — mot pour mot le portugais tinha falado, que vous savez déjà construire, avec ter là où le français prend avoir.
Gardez les deux étages séparés : le ton du passé simple, la valeur du plus-que-parfait. Tout ce qui suit est monté pour l’œil, car on apprend cette forme pour la reconnaître, non pour la produire : repérez-la, convertissez-la en tinha falado, continuez à lire.
Prenez la 3e personne du pluriel du prétérit, coupez -ram, ajoutez les terminaisons :
| Portugais | Sens |
|---|---|
| Ela guardara a carta por trinta anos. | Elle avait gardé la lettre pendant trente ans. |
| O trem já partira quando ele chegou à estação. | Le train était déjà parti quand il est arrivé à la gare. |
| Ninguém percebera o erro no relatório. | Personne n’avait remarqué l’erreur dans le rapport. |
| O ministro afirmara o contrário dois dias antes. | Le ministre avait affirmé le contraire deux jours plus tôt. |
| Fizera-se silêncio na sala. | Le silence s’était fait dans la salle. |
| Nós lhe déramos a última chance. | Nous lui avions donné une dernière chance. |
| Ele nunca estivera tão perto do fim. | Il n’avait jamais été aussi près de la fin. |
| A cidade mudara muito desde a última visita. | La ville avait beaucoup changé depuis la dernière visite. |
Lire falara comme un futur. Un seul accent aigu fait toute la différence : falara (il avait parlé) contre falará (il parlera). Le piège est taillé pour vous, parce que -ra est la marque de votre propre futur (il parlera). Dans un récit au passé, pariez sur le plus-que-parfait — et vérifiez l’accent avant de trancher.
Transformer toute 3e personne du pluriel en plus-que-parfait. Eles chegaram antes (ils sont arrivés plus tôt) est un prétérit ordinaire dans la quasi-totalité des cas. Ne le lisez « ils étaient arrivés » que si la phrase réclame un moment antérieur à un autre moment passé, comme dans Quando entramos, eles já chegaram (quand nous sommes entrés, ils étaient déjà arrivés).
Prendre fora pour « dehors ». Ele fora à praia (il était allé à la plage) est un verbe, pas un adverbe égaré. Même chose pour vira : Ele nunca vira aquilo (il n’avait jamais vu cela), mais Ele vira à esquerda (il tourne à gauche).
Traiter les fossiles comme un temps vivant. Tomara que dê certo (pourvu que ça marche) demande un subjonctif présent et vise l’avenir, pas le passé — et quem me dera (si seulement) comme pudera ! (forcément !) sont tout aussi figés.
Le produire en conversation. Grammaticalement impeccable, socialement théâtral : un Brésilien qui entend eu já falara (j’avais déjà parlé) pense à une scène de théâtre, pas à un passé. Dites eu já tinha falado.
Mélanger les deux systèmes dans un même texte. Si vous écrivez assez formellement pour employer falara (il avait parlé), tenez-le sur tout le passage ; glisser de falara à tinha falado ligne après ligne se lit comme une main mal assurée, pas comme un style.
Le plus-que-parfait simple est l'héritier direct du plus-que-parfait de l'indicatif latin : amaveram → amara, debueramus → devêramos, partiverant → partiram. Le portugais a conservé la forme héritée presque intacte, ce que les grammairiens citent comme l'un des signes les plus nets du caractère conservateur du verbe portugais, plus proche de sa forme latine que la plupart des langues romanes.
L'espagnol a hérité exactement de la même forme — amara — mais, dès le début du XVe siècle, elle a glissé vers l'imparfait du subjonctif : voilà pourquoi un hispanophone d'aujourd'hui lit amara comme l'équivalent de amase. Le portugais n'a jamais opéré ce basculement, si bien que falara signifie toujours tinha falado. Si vous parlez déjà espagnol, c'est l'un des rares endroits où la forme commune est un piège et non un raccourci.
Source : «Sobre a história do mais-que-perfeito simples do indicativo» — Ciberdúvidas da Língua Portuguesa.
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